
L'IA va-t-elle révolutionner le vote?
Mercredi 2 octobre 2024, la conférence Evote-ID a débuté. Cet événement, dédié au vote électronique (VE) et plus particulièrement au vote par Internet, rassemble principalement des universitaires, des prestataires de services (commerciaux, juristes, développeurs, etc.), ainsi que des spécialistes des administrations en charge des opérations électorales, des délégués gouvernementaux, des membres de commissions électorales et des observateurs.
Cette année, nous nous sommes retrouvés sur le Port de Tarragone, une ville du sud de la Catalogne connue pour ses ruines romaines et son port marchand. Pour la première fois, il y a plus de spécialistes des métiers liés à la démocratie que de personnes travaillant dans le monde académique.
La première journée de conférence a commencé par une keynote de Michelle Brown, une Américaine qui se qualifie de "data nerd", passionnée par le domaine électoral, développeuse et formatrice. Cette dernière nous a parlé d'un sujet qui me tient à cœur : l'intelligence artificielle (IA) dans les élections. Michelle Brown nous a tout de suite rassurés concernant l'impact de l'IA sur les élections. Contrairement à ce qui était dit il y a un an, l'intelligence artificielle n'a pas été utilisée pour nous noyer sous un flux de fausses informations. Pour diffuser en masse de l'information, comme je l'avais évoqué au printemps dans ma chronique "Désinformation 2.0 : l'apport pernicieux de l'IA", il faut un réseau de diffuseurs ou "spreaders" en anglais. Ce réseau a un coût bien plus élevé que celui de produire de la désinformation avec l'IA. Durant ces 12 derniers mois, il y a bien eu quelques deepfakes et quelques images truquées, mais la retouche d'images par Photoshop ou le montage vidéo datent d'avant le boom de l'IA générative (GenAI). L'oratrice a toutefois attiré notre attention sur le fait que les études en la matière ont principalement porté sur l'impact de l'IA sur la masse. À plus petite échelle, quelques phénomènes sont apparus. En effet, il apparaît que la GenAI a été utilisée pour faire du chantage sur certains politiciens ou pour arnaquer certains électeurs.
Michelle Brown a ensuite voulu montrer les bons côtés de l'intelligence artificielle au sens large en nous partageant quelques expériences comme l'analyse d'images satellites par des observateurs internationaux pour mesurer la participation dans des pays peu densément peuplés, ou l'analyse de scans des procès-verbaux pour vérifier les chiffres, les calculs, ainsi que pour voir si le document n'a pas été falsifié. Personnellement, je viens d'utiliser la GenAI pour un projet similaire afin de récupérer de façon structurée les résultats électoraux, au format PDF, d'il y a plus de 15 ans. Michelle a également parlé de chatbots et d'analyse de flux vidéos pour surveiller le bourrage d'urnes.
Le deuxième grand thème de la journée a tourné autour de la résistance à la coercition ou le vote sous la contrainte et l'utilisabilité des solutions de vote électronique. Il n'y a pas de solution facile à mettre en œuvre pour réduire la coercition et c'est encore plus difficile de rendre l'expérience utilisateur agréable.
Nous aurions pu nous poser la question est-ce que l'IA peut nous aider dans ce domaine, mais pour le moment l'IA washing n'a pas atteint la communauté d'EvoteID.
En conclusion de cette première journée, malgré des avis divergents entre sécurité et facilité d'utilisation, autour d'un café, les scientifiques, les vendeurs de solutions de vote électronique et les représentants des citoyennes et citoyens, toutes et tous essaient de trouver le meilleur compromis. Cette dernière phrase sonne très suisse, avec notre compromis helvétique.
N'hésitez pas à laisser un commentaire pour exprimer votre opinion sur les thématiques abordées durant la première journée d'Evote-ID 2024.
Image générée par MidJourney
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